1527

Lettre de François Ier à Georges Supersaxo

Un roi endetté à un puissant démagogue…sur le déclin

Georges Supersaxo, fils naturel de l’évêque Walter Supersaxo, d’abord grand ami de Mathieu Schiner, favorise son élection comme évêque de Sion. Pourtant, il devient ensuite son ennemi le plus acharné, dès le moment où, entraîné par sa cupidité, il apporte son soutien au roi de France, durant les guerres d’Italie. Au contraire, Schiner, sans doute par crainte de voir les Français aux frontières du Valais dans le duché de Milan, a toujours lutté implacablement contre eux, afin de les bouter hors d’Italie. Le motif même de leur rupture est précisément la conclusion d’une alliance entre le Valais et le roi de France Louis XII, en 1510, dont les partisans de Supersaxo ont obtenu la signature par le grand bailli, sous la contrainte des armes et contre la volonté de l’évêque Mathieu Schiner. La haine de ces deux grands personnages entraîne le Valais, divisé en deux camps, aux portes de la guerre civile, avec son lot d’emprisonnements, de tortures, d’excommunications, d’exécutions et de violences autant verbales que physiques.

Habile diplomate et vrai meneur d’hommes, Georges Supersaxo n’a pas hésité, durant tout l’épiscopat de Schiner, malgré les interdictions formelles, à lever des troupes de mercenaires valaisans au service du roi de France, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes. Il bénéficie donc de liens privilégiés avec les Français. Dans cette lettre, le roi François Ier s’adresse à Supersaxo en l’appelant « mon cher et bon amy ». Ce ton chaleureux, ou plutôt flatteur, vise de toute évidence à s’attirer sa bienveillance. En effet, il est, dit-il, contraint d’assumer de « grandes et presque insupportables » dépenses en raison des guerres. Il demande donc humblement à son « banquier » valaisan un délai pour rembourser ses dettes et de la patience jusqu’à la fin de l’année. Si la signature, simplement « Francoys », pour François Ier, est autographe, la lettre est cependant rédigée par son secrétaire des finances Jean Le Breton, excellent administrateur et homme de cour très proche du souverain.

Pourquoi le roi de France qui, quelques années auparavant, semblait plus riche que tous les autres souverains européens réunis, se trouve-t-il dans cette situation financière délicate ? Revenons un peu en arrière : le 24 février 1525, il subit la défaite, à Pavie, face à l’armée impériale. Comble de malchance, il est capturé, et, prisonnier de l’empereur Charles Quint, il est emmené à Madrid. Afin de pouvoir être libéré et regagner la France, il est forcé de payer une lourde rançon et d’accorder d’importantes concessions à ses adversaires, par le biais du traité de Madrid. Il aurait ainsi dû restituer à l’empereur Charles Quint le duché de Bourgogne. Une fois en sécurité chez lui, il conteste la validité de cet acte, car extorqué sous la menace. Il déclenche alors une septième guerre d’Italie, en 1527, marquée par la prise et le sac de Rome. Elle s’achève en 1529 par la perte du duché de Milan par la France. Dès lors, les motivations de François Ier, lorsqu’il écrit cette lettre, deviennent évidentes: une pareille guerre est assurément un gouffre financier, en terme de levées et paiements de troupes, de logistique, de frais pour les ambassades, la conclusion d’alliances et les pensions. Le souverain engloutit, en permanence, des crédits et Supersaxo n’est qu’un prêteur de capitaux parmi une multitude d’autres, principalement des marchands et banquiers italiens.

Supersaxo sera-t-il finalement payé ? Le 9 février 1529, il est accusé par le tribunal de la Diète « d'égoïsme, de blasphème et de trahison » envers sa patrie, et d’avoir entretenu des relations diplomatiques illégales avec François Ier, « son soleil » ! Il est condamné à de fortes amendes. Par crainte de la colère du peuple, il s’enfuit et meurt en exil à Vevey, en mars 1529.

Anne Andenmatten, archiviste de la Bourgeoisie de Sion