1760

Plan du Grand-Pont

Une vue du Grand-Pont, avec une Sionne encore à l’air libre

Ce plan du Grand-Pont, un lavis non daté, a été relevé, probablement vers 1760-1765, par Jean Adrien Etienne de Torrenté, à la fois secrétaire de la Bourgeoisie de Sion et ingénieur géomètre. Né le 24 décembre 1726, il se passionne pour le dessin, l’histoire et le droit. Il est tout d’abord notaire, un bon tremplin pour occuper cette fonction de secrétaire et ce pendant huit ans, de 1762 à 1770. Une fois nommé, le secrétaire, remplissant aussi le rôle de notaire et d’archiviste de la Bourgeoisie, peut rester en place de nombreuses années. Ce poste à durée indéterminée lui assure une connaissance approfondie des affaires de la cité et un pouvoir non négligeable, dépassant parfois celui du bourgmestre. Jean Adrien de Torrenté semble cependant se considérer au moins autant comme un notaire que comme un ingénieur géomètre, ce dont témoigne son portrait réalisé par le peintre Rabiato, en 1771. Il y est figuré vêtu d’un costume noir, coiffé d’une perruque et portant le glaive, symbole de la charge de châtelain vidomne de Sion qu’il occupe après celle de secrétaire de la Bourgeoisie, de 1770 à 1772. Pourtant, de façon quelque peu surprenante, il est aussi accompagné d’un rapporteur, d’un compas, d’une équerre et d’un porte-mine, des instruments utiles au dessin. Durant l’exercice de sa charge de secrétaire bourgeoisial, il mobilise d’ailleurs ses compétences pour dresser ce plan géométrique du Grand-Pont, l’artère principale qui traverse la ville du nord au sud, en passant devant l’Hôtel de ville.

Ce plan géométrique représente le cours de la Sionne à la fois tel qu’il se présente au milieu du XVIIIe siècle, en haut, et tel qu’il doit être nouvellement aménagé, en bas. On y voit la rivière couler le long des fondations des bâtiments de la rive gauche, laissant sur la rive opposée, un passage assez large pour permettre la circulation. Les mesures sont indiquées en toises – toise équivalant à 1,91 mètres. En effet, le plan comporte une échelle, assez imprécise cependant.

Le plan est assorti de légendes qui permettent d’identifier les édifices : l’Hôtel de ville (n° 7), l’auberge du Lion d’or (n° 9), la maison du résident de France (n° 4) et d’autres maisons de particuliers, ainsi que la grande fontaine (n° 27), soit la fontaine du Lion. Pour mieux nous situer, sur la rive droite, se distinguent les enfilades de deux rues, la rue de l’Église, menant à la cathédrale (n°24) et la rue de Conthey (n° 21). Le cours de la rivière est en réalité déjà partiellement couvert : des « traverses » permettent de rejoindre les rues et ruelles qui débouchent latéralement, ainsi la traverse (n° 5) pour « aller aux châteaux »; des « voûtes » (ou passages) placées devant l'entrée des maisons y donnent accès, ainsi la voûte de l’Hôtel de ville (n° 6), annoncée comme déjà existante au moment de la réalisation du plan.

Peu à peu, au cours des ans et pour satisfaire sans doute aux exigences du trafic et aux commodités des habitants, le conseil bourgeoisial a multiplié ces « traverses » et « voûtes ». Le plan du bas laisse justement entrevoir le nouvel aménagement de la Sionne, avec les mensurations des voûtes et des vides recouverts de planches à construire… Une bonne douzaine de voûtes permettront l’accès aux maisons qui bordent la rivière et les vides laissés entre les voûtes seront recouverts de planches, figurées en brun sur le plan. Il faut attendre cependant le début du XIXe siècle pour voir entièrement disparaître la Sionne sous le Grand-Pont.

Anne Andenmatten, archiviste de la Bourgeoisie de Sion