Qu'est-ce que la Bourgeoisie ?
Historique
C'est
en 1179 qu'un document laisse deviner pour la première fois l'existence
d'un groupe de Sédunois, hommes de la cité rassemblés et unanimes,
assistant le prince évêque de Sion en lutte contre un puissant
seigneur, Guillaume de la Tour. A cette occasion, ils obtiennent la
reconnaissance de certains privilèges commerciaux et judiciaires :
c'est la toute première mention d'une ébauche de commune à Sion.
Au
siècle suivant, les droits des citoyens de Sion seront consignés par
écrit à plusieurs reprises. En 1217, celui qui habite en ville de Sion
devient homme de l'évêque. Un siècle plus tard, un premier hôtel de
ville est déjà attesté et les Sédunois s'appellent désormais citoyens
de Sion.
Les dispositions de ces statuts montrent une
organisation communale déjà très élaborée en sorte que les citoyens
vont assez rapidement affirmer leur indépendance et, avec l'appui de
l'évêque lui-même, continuellement réduire le pouvoir des officiers
épiscopaux censés les administrer. Bientôt ces derniers au lieu d'être
nommés par le prélat, seront désignés par les Sédunois. A partir de
1338, les libertés et franchises de la ville de Sion seront confirmées
aux Sédunois par chaque nouvel évêque lors de son intronisation.
Ayant
obtenu la reconnaissance officielle de leurs droits, les Sédunois
s'érigent en communauté politique. Après l'usufruit, c'est la propriété
même des terres épiscopales qui leur est donnée. Faire partie du corps
bourgeoisial constitue un avantage non négligeable et il faut donc y
être admis. Après quoi le nouveau bourgeois jure d'être soumis à
l'évêque et dévoué à la communauté. Un acte est dressé et des droits
d'agrégation versés.
Pendant deux siècles la Savoie et les
évêques de Sion se sont disputé la prédominance en Valais central. A
partir de 1475, les dizains du Haut-Valais, y compris Sion, marquent
leur prépondérance et l'allemand devient la langue officielle. Moins
d'un siècle plus tard, la Bourgeoisie rachète le vidomnat de Bramois
puis celui de Sion. Désormais, au lieu d'être administrés par un
officier épiscopal, les " Magnifiques Seigneurs " de la ville de Sion
nommeront leur propre châtelain. Quant à l'ancienne seigneurie
épiscopale de Salins, ils la confieront à leur sautier.
L'autonomie
est donc complète. Le Petit Conseil se réunit, en principe chaque
lundi, pour expédier les affaires courantes. Une certaine prospérité
s'installe. La population augmente, tous les nouveaux venus ne
deviennent pas bourgeois, tant s'en faut…
Les idées du siècle des
Lumières commencent à se répandre en Valais et la Révolution française
trouve des échos favorables dans le Bas-Valais, qui entrevoit ainsi la
possibilité de se défaire de la tutelle du Haut-Valais. C'est
l'insurrection et l'armée française, aidée par un contingent vaudois,
prend ainsi le contrôle de la vallée du Rhône, important passage à
travers les Alpes.
A la République helvétique succède, en 1802,
une république autonome ; finalement, en 1810, c'est l'annexion pure et
simple par l'Empire français qui installe un préfet à Sion, devenue
chef-lieu du Département du Simplon. Réorganisation administrative,
embellissements de la ville, le français devient langue officielle.
En
1815, le Valais entre dans l'alliance confédérale suisse. Les idées
démocratiques commencent à se concrétiser : dès 1839, la Constitution
valaisanne accorde le droit de vote aux non-bourgeois établis dans la
commune depuis cinq ans. La loi valaisanne du 2 juin 1851, en
application de la Constitution fédérale de 1848, institue les nouvelles
communes politiques, à savoir les municipalités: ce sont des communes
d'habitants qui reprennent la plupart des tâches assumées précédemment
par l'administration bourgeoisiale.
Le Valais, à la différence
d'autres cantons romands, a choisi de conserver une commune bourgeoise
à côté de la commune municipale. Il y a ainsi deux communes, avec des
administrations séparées, dotées chacune d'une assemblée primaire et
d'un conseil propre.
La Bourgeoisie perd alors la primauté sur le
plan communal. Cependant la législation lui fait supporter des charges
de plus en plus lourdes, notamment au titre de l'assistance et de
l'instruction publique et le patrimoine s'amenuise dangereusement.
A
la suite d'une pétition, le Conseil d'Etat s'attelle à une réforme qui
va donner aux bourgeoisies une garantie constitutionnelle et, allégeant
leurs charges financières, leur permettre de trouver les ressources
nécessaires au déploiement de leur activité : la gestion d'un
patrimoine dont le revenu sert à l'amélioration du bien-être de la
collectivité et aux œuvres d'intérêt général.
Actuellement on
constate que l'activité des bourgeoisies est véritablement
complémentaire de celle des communes municipales ; elle s'exerce
librement dans le domaine économique, social, écologique, culturel,
scientifique, sportif et ce tout particulièrement dans l'aménagement
des loisirs.