1301

Décision de la Diète concernant les bisses

Le Valais et l’eau: une histoire au long cours...longue comme un bisse!

Au tout début du XIVe siècle, l’économie valaisanne repose essentiellement sur la viticulture, la culture des céréales et l’élevage du bétail, complétés par les produits des jardins potagers, de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Au niveau démographique, la population a fortement augmenté et n’a pas encore été décimée par les vagues successives d’épidémie de peste. Afin d’améliorer les rendements agricoles, de permettre l’élevage des bovins, l’irrigation par les bisses s’impose comme une nécessité, vu le climat chaud et sec. Les premières mentions de bisses et de droits d’eau remontent cependant au-delà de 1301, date où l’évêque autorise l’utilisation des eaux pour l’irrigation et la construction de bisses. Cet acte du 31 mai 1301 ne saurait donc être considéré comme « l’acte de naissance des bisses valaisans » !

Le 31 mai 1301, l’évêque Boniface de Challant, le Chapitre et de nombreux délégués venus des communes du Valais, de Martigny, Ardon, Chamoson, Savièse, Grimisuat, Sion et Ayent aussi bien que de toutes les autres communautés en amont de la Morge de Conthey, se réunissent à Sion. Ils établissent des statuts concernant le droit d’eau, un droit régalien relevant de l’évêque. A la suite d’inondations dévastatrices du Rhône et d’autres cours d’eau à travers tout le Valais, bien des personnes sont menacées de mort, ou du moins, susceptibles de tomber dans l’indigence et de succomber à la famine. Pour éviter ce danger, il est décidé d’autoriser partout, aussi bien en plaine qu’en montagne et dans les vallées, et en tout temps, la construction de bisses pour irriguer les cultures. Les bisses y reçoivent le nom de torrents (torrentes) et d’aqueducs (aquaeductus). Il est aussi possible d’amener l’eau depuis une paroisse ou une commune voisine, en échange d’un dédommagement.

Les témoins reflètent la diversité géographique des participants, triés toutefois sur le volet, issus de la noblesse : nous y voyons Petrus, seigneur vidomne de Martigny, chevalier, Reymondus du même lieu, le chevalier Walterus de Chamoson, le donzel Soffredus de Chamoson, le chevalier Hudricus de Sierre, le noble et puissant Petrus ou Pierre de la Tour, seigneur de Châtillon, le seigneur chevalier Walterus de Vespia (de Viège) et son fils Anthonius.

Des Diètes tenues avant 1450, il ne reste quasiment aucune source originale, mais seulement des fragments ou des mentions ici et là. La Diète réunit les délégués provenant des différentes vallées, paroisses et futurs Dizains du Valais. Ceux-ci siègent habituellement sous la présidence de l’évêque et en compagnie de membres du Chapitre cathédral. Parmi les quelques fragments conservés témoignant des réunions et décisions de ces anciennes Diètes, figure ce feuillet de papier, une copie du XVe siècle de l’acte de 1301, dont l’original, où devait être apposé le sceau de la Régalie, est perdu. Il est très endommagé, largement déchiré et lacunaire, puisqu’il manque le quart supérieur du feuillet. Datée d’environ 1435/50, cette copie a été réalisée par Symon Bidermann, originaire de Porrentruy, notaire et chanoine de Sion, dont la signature figure, sur le verso, en bas à droite. Fort heureusement, le texte de ces statuts est connu dans une autre copie de 1626 mieux conservée et complète. Une question demeure cependant : cet acte de 1301, qui n’est connu que par ces deux copies, est-il vraiment authentique? Aucun indice ne permet de trancher.

Anne Andenmatten, archiviste de la Bourgeoisie de Sion