1560

Vente de la juridiction de Sion par le vidomne Nicolas de Chevron à la ville

Acquisition par la ville du vidomnat de Sion

Lentement, l’autonomie des bourgeois vis-à-vis de l’évêque s’affirme. Le 13 janvier 1560, le vidomne de Sion Nicolas de Chevron, dernier des membres de cette famille à remplir cette fonction après plusieurs générations, vend son office. Le vidomne administre, au nom de l’évêque, la juridiction temporelle en mai et octobre, pendant la nuit et les samedis, jours de marché – le reste du temps ce pouvoir appartient au major, puis au châtelain qui le remplace. Il exerce donc sur la ville de Sion la haute justice ou justice criminelle, en s’occupant des délits capitaux, c'est-à-dire des atteintes à la propriété (vol, brigandage), à l'intégrité corporelle et à la vie (viol, homicide, meurtre), passibles de la peine de mort. Il exerce également la basse justice, dont relèvent les infractions mineures (délits champêtres et forestiers par exemple), passibles d'une peine pécuniaire, ainsi que la justice civile (propriété, dettes, gages, curatelles). A la juridiction temporelle, s’ajoute la police communale. Celle-ci comprend la réglementation de l'usage des biens communs, des ponts, des voies publiques, des eaux et des moulins, la réglementation de certains métiers (boulangers ou aubergistes), celle des marchés et foires, la vérification des poids et mesures, la garde de la ville pendant la nuit.

A l’origine, le vidomne (vice dominus), attesté depuis 1179, exerce la justice au nom de l’évêque. Une sentence du juge délégué du pape concernant le vidomnat de Sion, du 13 janvier 1255, définit déjà les principales obligations du vidomne : « Défendre, les armes à la main, l’évêque, les droits et la terre de l’évêché, et exercer l’office du vicariat qui comprend l’enquête, la poursuite et le châtiment des malfaiteurs ainsi que l’instruction des affaires criminelles, civiles ou pécuniaires. »

Deux fois par année, en mai et octobre, le vidomne réunit ses gens dans un plaid général (placitum generale), assemblée au cours de laquelle il rend la justice. Ces tâches du vidomne ne changent que peu au cours du temps, mais ont tendance à diminuer en importance au profit de celles du major de l’évêque.

En ce 13 janvier 1560, les bourgeois de Sion rachètent cet office du vidomnat. Ils sont représentés par Johannes de Platea, banneret de la ville et du dizain de Sion, Anthonius Kalbermatter, ancien gouverneur de la vallée d’Aulps, Philippus de Torrente, vice-bailli, et Hans Thenen, tous bourgeois et anciens châtelains de la ville de Sion. Ils versent la somme considérable de 800 écus d’or, chacun valant 52 gros, monnaie de Sion, pour laquelle Nicolas de Chevron leur donne quittance. Imaginez que cette somme représente l’équivalent du salaire journalier de 80’000 ouvriers ! Mais qu’importe, la bourgeoisie est parvenue à consolider ses droits et à renforcer son autonomie.

L’acte est rédigé et signé par les deux notaires et bourgeois Anthonius Kalbermatter et Anthonius Triebman. Il porte trois sceaux pendant sur cordons de soie rouge, chacun enfermé dans une capsule métallique : celui de l’évêque qui ratifie la vente, le 19 janvier, dans la salle chauffée supérieure du château de la Majorie ; celui du Vénérable Chapitre, autrement dit les chanoines réunis dans le chœur de l’église de Valère, le 26 janvier, qui approuvent également la vente ; et celui du vidomne, le vendeur.

Depuis lors, la ville fait exercer les fonctions de l’ancien vidomne par un vice-châtelain, nommé pour deux ans, le jour de la Saint-Martin, par les bourgeois assemblés au son de la cloche. Comme son prédécesseur, il détient la juridiction temporelle dans la ville et la baronnie de Sion ; il s’occupe des viances (contrôle des limites des biens communs, des routes et des chemins), de la surveillance des marchés et tavernes, de l’arrestation et de la punition de tous les traîtres trouvés dans le territoire sur lequel s’étend son autorité, à l’exception de ceux qui conspirent contre l’évêque. Ainsi, le vidomne, auparavant bras-droit de l’évêque, s’est transformé en un simple fonctionnaire de la ville, dont le statut est inférieur à celui du bourgmestre.

Anne Andenmatten, archiviste de la Bourgeoisie de Sion