1516

Bref du pape Léon X au cardinal Mathieu Schiner

Désaveu du trop belliqueux cardinal Mathieu Schiner…

Le fonds de la Bourgeoisie de Sion renferme les archives du cardinal Mathieu Schiner, notamment une grande partie de sa correspondance avec les personnages les plus puissants et influents de son temps, tels que le roi d'Angleterre Henri VIII, l’empereur Charles Quint ou les papes Jules II et Léon X, témoignant de son engagement politique au niveau européen. Malgré ses premières années d’épiscopat où il semble avoir exercé sa fonction avec zèle et énergie, il reste surtout connu comme un homme politique aussi puissant que fascinant, aux penchants belliqueux. Il s’implique toujours plus dans la politique pontificale, ce qui lui vaut de recevoir la pourpre de cardinal du pape Jules II, en 1511, en reconnaissance de ses grands services diplomatiques. L’Europe est alors déchirée par les guerres entre le roi de France et la papauté; dans presque toutes les régions de Suisse, en particulier dans les villes, des partisans des Français et du pape se dressent les uns contre les autres et suscitent des tensions. En Suisse et en Valais, le cardinal Mathieu Schiner défend les intérêts du pape avec une farouche détermination, allant, en Valais, jusqu’à excommunier, emprisonner, torturer et séquestrer les biens de ses opposants, partisans de son rival, Georges Supersaxo qui a, quant à lui, choisi le camp de la France.

Le 19 novembre 1516, le pape Léon X, humaniste et protecteur des arts, désavoue, dans ce bref très virulent, le cardinal Schiner en le priant de ne pas oublier son rôle et sa dignité de prêtre et de cardinal. Il lui reproche d’abuser de son autorité pour encourager les guerres et les troubles qui sont des plus importuns. Le pape voit un fossé entre sa pensée « entièrement portée à la paix et à la concorde commune » et la propension du cardinal Schiner « non seulement à s’ingérer lui-même dans des actions ennemies de Dieu, hostiles au salut du peuple des fidèles », mais aussi à l’impliquer, lui, le pape, dans ces mêmes projets incompatibles avec sa dignité. Il va même jusqu'à abuser de son nom et de sa réputation. Le souverain pontife voit d’un mauvais œil l’alliance entre l’empereur Maximilien Ier, Henri VIII et Charles de Castille contre le roi de France, que le cardinal est parvenu à combiner quelques semaines auparavant lors d’un séjour en Angleterre.

Le pape humaniste conclut en rejoignant la critique de bien d’autre penseurs et humanistes, en ce début de XVIe siècle : La désunion des princes chrétiens favorise l’avancée des Turcs. Avec certes beaucoup d’élégance, mais néanmoins une grande fermeté, le pape s’insurge contre Schiner et ses tractations belliqueuses: « Comment, en effet, toi qui es parfaitement conscient que nous n’avons rien médité de tel ni ne te l’avons communiqué, peux-tu te laisser persuader par un mensonge tel que tu corromps ton serment de fidélité ? »

A méditer…mon bien-aimé fils!

Anne Andenmatten, archiviste de la Bourgeoisie de Sion